Faisant un tour d'horizon de toutes nos grandes religions monothéistes, je me propose de temps à autre d'aborder quelques thèmes qu'on pourrait qualifier d'occultes, et me livrer joyeusement à quelques démystifications.

C'est que lorsqu'on s'attache à lire les textes sacrés dans leur ensemble, parallèllement à la consultation d'ouvrages d'archéologues et d'historiens, les efforts des exégètes, qui ne cessent de rabâcher que telle phrase est sortie de son contexte, apparaissent vains.

Commençons par une question particulièrement originale : les frères et soeurs de Jésus.

Dan Brown a rencontré une levée de boucliers lorsqu'il a avancé dans son livre "Da Vinci Code" la théorie selon laquelle Jésus aurait eu des frères et soeurs. Levée de boucliers d'autant plus étonnante qu'il ne s'agissait pourtant que d'un roman. Dan Brown n'est pas historien et n'a fait que reprendre à son compte pour les besoins de son intrigue une théorie des plus anciennes, battue sans cesse en brèche par les Eglises.

Seulement... seulement quand on lit les Evangiles canoniques et plus loin les Epîtres de Paul dans le Nouveau Testament, les frères et soeurs de Jésus sont mentionnés sans équivoque. Particulièrement Jacques.

Différents conciles et bulles pontificales sont venus poser au fil des siècles les dogmes suivants que sont la virginité de Marie, l'Immaculée Conception, et l'absence de filiation terrestre de Jésus, mais force est de constater que tous ces thèmes sont absents de la Bible... En clair, les exégètes font dire au texte ce qu'ils ne disent pas.

Rappelons d'abord la chronologie dans laquelle les différentes parties du Nouveau Testament ont été rédigées.

Les Epîtres rééllement attribués à Paul -soit sept au total- ont été compilées vers 60-70 ap. JC. Le premier évangile est celui de Marc -et non celui de Matthieu- et il date des années 70. Viennent ensuite les évangiles de Matthieu et de Luc vers 80, et enfin celui de Jean vers 90-100.

Cette chronologie est importante car elle permet de constater que tel évangile vient souvent compléter, enrichir, voire contredire un autre. Dans tel évangile, les apôtres se réunissent en Galilée après la mort et la resurrection de Jésus, dans tel autre à Jérusalem, etc.

Il faut noter enfin que les textes retrouvés étaient tous rédigés en grec, et non en langue sémitique comme l'araméen ou l'hébreu, contrairement à la croyance populaire. La communauté primitive des "chrétiens" avait en effet vocation à grandir au sein de l'empire romain, et le grec était la langue toute désignée pour communiquer aux peuplades soumises.

Pour en revenir au corps du texte, Paul, le premier, parle très vite de Jacques le frère de Jésus. Il faut noter qu'en grec, frère ne se dit pas de la même manière que cousin par exemple, et Paul évoque alors véritablement un lien fraternel.

Les exégètes ont souvent avancé qu'il s'agissait d'une façon de parler, pour désigner les membres de la communauté. Si en effet, Paul s'adresse souvent aux fidèles en les appelant "Frères", la mention de Jacques frère de Jésus, ne semble pas procéder de la sorte.

Les apôtres sont des "frères" dans la communauté, mais Jacques est lui le "frère du Seigneur". En outre, pourquoi Jacques serait le seul à être ainsi nommé.

Si doute il demeure, il convient de prendre connaissance des évangiles. Dans les quatre récits, alors qu'aucun des apôtres ne parlent eux de "frères" lorsqu'ils évoquent les compagnons, tous mentionnent à plusieurs reprises Jacques et Joset, les deux frères de Jésus.

Et dans l'évangile de Luc se trouve ce passage fort embarrassant pour les théologues orthodoxes, où un disciple de Jésus vient trouver ce dernier lui disant que ces frères et soeurs l'attendent. Jésus répond alors en montrant la foule que tous sont aussi ses frères et soeurs d'une certaine façon.

Si le mariage "frères" et "compagnons de foi" est alors consommé, il répondait pourtant à une assertion totalement différente. Un compagnon vient dire à Jésus que sa famille est là, lui l'invite à les faire patienter estimant qu'il est avec sa famille de coeur.

091307text22frMais si Jésus avait des frères et soeurs, qu'en est-il alors de la virginité de Marie ? Là aussi, la "désinformation" et la réécriture d'une histoire ont eu de beaux jours. Car voilà... il n'est dit nul part dans le Nouveau Testament que Marie était vierge ou en tout cas qu'elle le soit restée.

L'évangile de Luc à son verset deux parle même de Jésus, "le fils premier-né" de Marie. Premier-né et non unique. En outre, les évangiles plus tardifs -ce détail chronologique est important- comme ceux de Jean évoquent en effet que Joseph n'avait pas encore touché Marie lorsqu'elle tomba enceinte mais ne parlent pas d'une virginité ad vitam aeternam.

La virginité de Marie en tant que dogme s'est en effet construite progressivement, par étapes pour aboutir au mythe de l'Immaculée Conception près de quatre siècles plus tard, et revenir ainsi à écarter tous parents proches de Jésus.

Et il se pourrait bien que la raison ne soit pas seulement idéologique mais aussi politique.

Prenons pour acquis que Pierre semble avoir été désigné par les exégètes comme le "patron" de l'Eglise, un fois Jésus retourné aux Cieux. Ceci, même si les épîtres de Paul constituent en réalité la base du fonctionnement de la communauté primitive des chrétiens, et que par ailleurs elle occupent plus de place dans le Nouveau Testament que les quatre évangiles.

Il faut noter que le personnage de Jacques revient alors de façon troublante au premier plan dans ces mêmes épîtres. Paul, juif converti très soucieux du protocole, prend toujours le soin d'adresser ses épîtres d'abord à Jacques, Frère du Seigneur, puis et seulement ensuite à Céphas (Pierre) et au reste de la communauté des croyants.

Jacques semble donc imminement important, à tel point que dans l'un des épîtres aux Corinthiens, Paul précise qu'il a d'abord vu Pierre, et qu'ensuite il put voir Jacques -Paul va même jusqu'à jurer que cela est vrai-comme si cette rencontre était de grande importance et que l'entretien avec Pierre un préalable obligatoire.

Pourtant, le personnage de Jacques n'est pas développé outre mesure dans les écrits canoniques. Il faut alors aller regarder du côté des écrivains de l'empire, dont Tacite et Flavius Josephe pour en apprendre plus sur lui. On découvre alors que Jacques y est directement désigné une fois encore comme le frère de Jésus, auquel ce dernier aurait accordé toute sa confiance, et qu'il était affublé du surnom le Juste.

280px_Saint_James_the_JustSeulement, Jacques le Juste était réputé pour être un juif radical, ascèse, et qui s'il partageait les idées de son frère, visait avant tout à la reconstruction d'un grand Israël, libéré du joug romain.

N'a t-on pas par ailleurs dit que le "christianisme" des origines n'était qu'un judaïsme particulièr, au même titre que celui que pratiquait les esséniens, les zélotes, etc. ? Bien que contestant l'autorité des Grands Prêtres de l'époque que Jésus estimait pervertie, celui-ci n'a pourtant jamais remis en cause les fondements religieux du judaïsme mais seulement leur pratique.

La fameuse phrase "tu es Pierre et sur cette pierre..." semble en effet rajoutée ultérieurement car le jeu de mot en grec est douteux du fait que pierre se dit petra, et le prénom Pierre petros.

Quoiqu'il en soit, il apparait clair que si Jacques a été ignoré par la doctrine religieuse -alors qu'il s'agit tout de même du premier interlocuteur de Paul !- c'est que le personnage et ses ambitions ne cadraient définitivement pas avec une Eglise ayant coupé le cordon avec un judaïsme traditionnel.

Enfin, la découverte il y a près de 6 ans d'une tombeau portant l'inscription peu courante pour l'époque "Jacques, frère de Jésus" (en règle générale, seuls étaient mentionnés dans les caveaux les liens de parenté tels que "Untel, fils de Untel") accrédite une fois encore la thèse de Jacques comme frère de Jésus.

Ceci étant rappelé qu'il ne s'agit non d'une interprétation à la manière d'une exégèse, mais d'une simple lecture globale.

En clair, lisez. Et ceci est valable pour n'importe quel texte religieux. N'écoutez pas les exégètes qui tenteront toujours de marier des textes aux propos embarrassants avec leur époque contemporaine. Vous constaterez que les versets et les sourates lus et relus sont toujours les mêmes.

Mais on ne vous parlera pas de l'Ancien Testament qui prescrivait la lapidation pour les homosexuels, du caractère profondément machiste de Paul qui interdisait à une femme de parler en public -et dire que son épître est régulièrement lu aux mariages...!- ou du Coran qui prescrit à sa quatrième sourate de battre les femmes désobéissantes...

Lisez ce sur quoi repose la foi de millions de croyants. Faîtes-vous votre idée. Votre idée.